Rejoignez le CREGG sur Facebook

Connexion

Espace membre

CREGG - Club de Réflexion des Cabinets et Groupes d’Hépato-Gastroentérologie

Club de Réflexion
des Cabinets et Groupes
d’Hépato-Gastroentérologie

Lettre mensuelle n°11 - Septembre 2010 | Journée de la Commission de nutrition du CREGG

Vianna COSTIL, dernière modification le 22/09/16 Imprimer

Journée de la commission de nutrition du CREGG

Le succès de cette réunion qui a réuni 80 participants libéraux et hospitaliers montre que les gastroentérologues s’intéressent de plus en plus à la nutrition, spécialité très proche de la gastroentérologie.

Le niveau scientifique était de qualité grâce à la qualité des intervenants et l’interactivité avec les participants.

Cette réunion a eu lieu grâce à l’aide des sponsors: Axcan et Jansen (Major sponsors), Allergan, Hélioscopie, Endalis et Districlass.

Divers sujets liés à l’obésité ont été présentés :

Journée de la commission de nutrition du CREGG

Le  Pr Bruley de Varannes a fait une revue très documentée sur le reflux et l’obésité. Le lien épidémiologique entre la surcharge pondérale et le reflux ou l’une de ses complications est désormais bien établi. Il existe un risque augmenté de développer un ?sophage de Barrett et un adénocarcinome de l’?sophage chez les patients obèses. Les rares études pharmacocinétiques et pharmacodynamiques des anti-sécrétoires chez l’obèse ne montrent pas de différence nette d’efficacité selon le poids. Il n’est donc pas recommandé d’adapter la posologie au poids. Les interventions anti reflux sont aussi efficaces que chez les patients n’ayant pas de surcharge pondérale mais l’indice de satisfaction est moindre, ce qui doit rendre prudent dans les indications opératoires. Le reflux est amélioré par l’anneau gastrique s’il est bien positionné ;il disparait après Bypass mais est probablement augmenté après la sleeve gastrectomie.

Le Professeur Gérard Reach a fait une remarquable conférence sur la physiopathologie du yoyo chez le patient obèse. Le succès à long terme du traitement de l’obésité est inférieur à 15 %. L’effet yoyo signe l’échec du traitement diététique de l’obésité. Un régime trop faible en protéines et une reprise alimentaire
« comme avant » sans augmenter son activité physique expose au phénomène de yoyo, d’autant que les anciens patients obèses ont une activité métabolique de base inférieure à celle des sujets sans antécédent d’obésité. Les taux de ghréline augmentent  après la perte de poids, ce qui peut contribuer à l’effet yoyo. Sur le plan psychologique, les sujets sont incapables de résister aux tentations, ce  qui les conduit à renoncer à leurs résolutions en termes d’alimentation et d’activité physique. Les sujets qui reprennent  du poids ont des objectifs irréalistes, une faible compétence à résoudre les problèmes, un sentiment d’efficacité personnelle  faible. Ceux qui ne rechutent pas surveillent leur poids, utilisent des stratégies comportementales pour contrôler leurs habitudes alimentaires, ont davantage d’activité physique et sont  davantage motivés par des raisons psychologiques que par des raisons médicales. Les données de la  littérature mettent en évidence une faiblesse de la volonté chez le patient obèse. Le yoyo pourrait être favorisé par l’incapacité de renouveler ses efforts dans le temps pour éviter la survenue d’un événement lointain. Cette faiblesse serait due à une diminution de la force du désir. Le coefficient d’impatience des patientes obèses est plus élevé que chez les patientes ayant un poids normal. Cela  entraine avec la tendance à la procrastination, une difficulté à mener à bien un projet à long terme. L’engagement préalable, l’instauration d’une règle personnelle, la mise en place de récompenses intermédiaires,  la force de l’habitude et le travail sur la problématique du temps sont des solutions pour améliorer les résultats à long terme. Les groupes de paroles améliorent le pourcentage de succès à long terme.

Anne Sophie Joly, présidente du Collectif National des Obèses, a témoigné de l’implication du patient obèse dans sa pathologie. Pour une bonne prise en charge, il faut une interactivité entre l’équipe pluridisciplinaire et l’association de patients. La chirurgie bariatrique et le ballon gastrique ne sont pas des solutions miracles. Le patient doit être impliqué dans sa pathologie et  atteindre l’équilibre alimentaire sans se dissocier du plaisir et en l’associant à l’activité physique. Il doit avoir compris l’intégralité des règles qui limiteront les risques d’irritation et d’acidité gastrique lors de la pose d’un ballon gastrique. Il faut aider le patient à être l’acteur de son état de santé à vie.

La micronutrition est impliquée dans la prise en charge pluridisciplinaire du patient obèse. De nombreux patients suivis pour un régime hypocalorique ou à la suite d’une chirurgie bariatrique sont sujets à des risques accrus de déficits en micronutriments (vitamines, minéraux, oligoéléments, acides gras polyinsaturés, acides aminés fonctionnels?) du fait de la réduction des apports énergétiques ou de leur moindre assimilation, en particulier à la suite d’interventions restrictives. Anthony Berthou a montré que des déficits micronutritionnels chroniques, très souvent non identifiés au niveau biologique, peuvent ainsi contribuer à l’apparition de troubles fonctionnels tels que fatigue chronique, modifications du comportement alimentaire, troubles fonctionnels intestinaux. L’évaluation de l’importance de ces troubles fonctionnels permet de mettre en place une stratégie thérapeutique personnalisée.

Valérie Lindecker a présenté les conclusions de l’évaluation de l’Has qui a été demandée par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie des Travailleurs Salariés en vue d’un éventuel remboursement : elle n’a pas confirmé l’intérêt de cette technique pour obtenir une perte de poids permettant de réduire le risque anesthésique ou chirurgical en cas d’obésité morbide. Elle n’a pas considéré que la perte de poids obtenue grâce à la pose d’un ballon intragastrique était supérieure, en cas d’obésité non morbide, à la prise en charge pluridisciplinaire au plan médical, nutritionnel, diététique, psychologique, comportemental et de l’activité physique. Néanmoins, un avis défavorable pour service attendu insuffisant n’interdit pas la pratique de l’acte.

Les différents types de ballons commercialisés ont été présentés.

Le Dr Bulois a présenté le BIB (Bioenteric balloon) commercialisé par la société Allergan. Les principales études publiées par l’équipe de Genco, avec notamment une série incluant plus de 2500 patients, retrouvent une perte d’indice de masse corporelle (IMC) habituellement comprise entre 4 et 5 kg/m². Le risque de complication sévère est faible, inférieur à 1%. La plus grave, la perforation gastrique, est exceptionnelle si l’on contre-indique formellement la pose d’un ballon aux patients ayant des antécédents de chirurgie gastrique. Contrairement aux ballons à air, son extraction endoscopique est aisée et faisable dans l’immense majorité des cas. Récemment, les indications du ballon ont été élargies aux patients avec IMC supérieur à 27 kg/m² (Ballon Orbera).

Le Dr Grumberg a présenté le ballon Héliosphère commercialisé par la société Hélioscopie qui est gonflé avec de l’air. Il a insisté sur l’approche multidisciplinaire permettant une prise en charge efficace à long terme du patient obèse. Cela inclut le rôle incontournable du médecin généraliste, ainsi que les différentes spécialités concernées : diététique, coach physique,  psychologie,  nutrition, gastro-entérologie, psychiatrie, cardiologie, pneumologie, chirurgie bariatrique et réparatrice.

Le Dr Claudel a présenté le nouveau ballon intragastrique END BALL commercialisé par la société Endalis. Le remplissage du ballon peut se faire avec un mélange d’air et de liquide en proportion variable avec comme résultat l’obtention d’un diamètre final de 100 mm pour un volume de 600 cc. Le poids du ballon sera fonction du volume de liquide injecté. Ce ballon aura vraisemblablement les mêmes résultats en terme d’efficacité que les autres produits existants et va faire l’objet d’études cliniques.

Le Dr Rabreau et la société Endogast ont présenté le ballon Endogast qui est une prothèse endogastrique réglable reliée à une chambre implantable sous-cutanée. La technique de pose est endoluminale et transluminale (gastrostomie percutanée) et nécessite une coopération entre un gastroentérologue et un chirurgien. Comme l’anneau gastrique, elle sépare l’estomac en 2, elle est réglable et fidélise les patients grâce au boitier. La durée d’implantation est de 18 mois. Une étude multicentrique est en cours pour évaluer cette technique.

Le GastroClub Obésité regroupe les médecins qui s’intéressent aux techniques endoscopiques de l’obésité : le ballon gastrique et la chirurgie bariatrique. Ce club a pour but, en première intention, de mettre en commun nos informations, nos pratiques et nos résultats. Il permettra de définir une charte de qualité pour la prise en charge pluridisciplinaire de l’obésité et de réaliser des études scientifiques. Une feuille d’observation standardisée pour les patients bénéficiant de la pose d’un ballon gastrique est téléchargeable sur le site du CREGG. Elle permettra de mettre en place un observatoire.

Les techniques endoscopiques de la prise en charge de l’obésité doivent faire l’objet d’études scientifiques prospectives pour valider leur efficacité à long terme dans l’approche pluridisciplinaire de l’obésité.

Vianna Costil
Présidente de la commission de nutrition du CREGG